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Inspirations : Rembrandt

Rembrandt van Rijn, Autoportrait aux deux cercles, v. 1665-1669

S’il faut choisir un artiste pour entamer une réflexion sur mon travail, alors ce sera Rembrandt.

C’est avec lui que j’ai vraiment découvert la peinture, c’est en copiant son travail que j’ai appris certaines techniques de l’huile, c’est devant ses toiles que j’ai ressenti quelques-unes de mes plus grandes émotions artistiques, c’est l’un des rares artistes dont j’aie visité la maison.

Artiste étonnant et pourtant prospère, contrairement à l’idée reçue qui veut que l’art mène nécessairement à la misère, il travaille ses tableaux d’une manière extrêmement inspirante lorsque l’on apprend à peindre. C’est avec lui que j’ai découvert la montée en lumière (partir d’un fond assez sombre et aller vers les parties les plus claires au fur et à mesure de l’avancée du tableau), les empâtements, le travail par parties. Ce qui me surprenait, notamment, était que pour un peintre dit « classique », sa touche était très moderne (comme celle de Frans Hals), loin de l’aspect lisse de la peinture antérieure à l’impressionnisme.

La Fiancée Juive, par exemple. Cette toile de 1667, dont le titre n’est pas de Rembrandt mais découle de l’interprétation de son sujet (une représentation d’Isaac et Rébecca), tire une grande partie de sa charge émotionnelle de deux choses : la tendresse des visages et l’incroyable luminosité des vêtements.

Lorsque j’ai vu ce tableau au Rijksmuseum, j’ai été frappée par les éclats de lumière qui se dégageaient de la manche d’Isaac, à gauche. Le peintre l’a travaillée en empâtements qui accrochent la lumière et font briller la toile comme de l’or, ce qu’aucune reproduction ne peut rendre.

De manière générale, la vigueur des empâtements chez Rembrandt est telle que, vu de près, le tableau semble presque abstrait, tandis qu’il gagne un relief incroyable lorsqu’il est vu à la bonne distance.

J’ai appris avec Rembrandt que la peinture était matière. Qu’il ne fallait pas être trop timorée dans son usage : les ombres d’un visage sont franchement brunes, ce nez est franchement rouge, ce fond peut être simplement esquissé. J’ai appris avec lui qu’un tableau est fait pour être vu de loin ; de près, c’est le travail qu’on voit, et en s’éloignant, seule l’émotion demeure.

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